J'ai jamais trop aimé le sport. Ou plutôt on a décrété que j'aimais pas le sport. Forcément, si le sport pour toi c'est le volley à l'école ou le vélo par moins quinze, j'aime pas le sport. Et va pas me dire que j'en ai jamais fait. Parce que j'en connais un rayon sur le sport mon vieux.
J'ai commencé par faire du
judo, le judo c'était sympa. En fait, en y réfléchissant bien, j'aurai du rester au judo haha. Mais ma mère, cette fourbe, a pas voulu m'acheter des gants
le Bossu de Notre Dame si c'était juste pour faire joli, fallait que je m'en serve. Va savoir pourquoi, j'ai préféré un Quasimodo sur chaque main plutôt qu'un prétexte en or pour peloter des mecs en pyjama asiatique. Dommage.
Donc, après le judo, j'ai fait deux ans de
vélo. J'amais pas spécialement ça mais comme il y avait trois filles maxi à chaque course je ramassai systématiquement des médailles et la corruption m'a faite rempiler pour un an. Jusqu'à ce que j'en ai marre d'astiquer mes coupes, et des maillots où t'as marqué Casino en gros sur le ventre. Adieu le biclou.
Après ? Le
hip-hop. Un sursaut de féminité sans doute, mais malheureusement de ce côté-là je suis définitivement masculine. Quoique y'a plein de mecs qui dansent très bien le hip-hop c'est pas ce que je veux dire hein. Mais Anaelle au hip-hop ça donne rien. Quand j'essaie de faire la vague on dirait un macaque en pleine parade nuptiale. (Habillée, cela dit.)
Nouvelle tentative :
l'escrime. J'étais plutôt douée en plus, mais niveau organisation le club faisait pas des merveilles. Genre, on prévient qu'il y a une compète une semaine après, et là, le mec à côté de moi qui fait de l'escrime depuis Mathusalem ouvre grand la bouche, scandalisé "Mais c'est quoi, cette organisation, faut pas déconner y'a 2008 qui pointe !". NB : Le club n'a pas du s'améliorer au niveau de la gestion, parce que les JO sont passés et pas vu le mec en question dans l'équipe masculine.
L'année de 5ème, je crois que c'était vraiment l'apogée du n'importe quoi, quand Anaelle a décidé de faire du
RUGBY. C'est vrai que quand j'étais petite, j'étais celle qui marchait tout le temps sur les pieds de tout le monde, qui arrivait à foutre une claque à quelqu'un rien qu'en s'étirant pour bailler, et le meilleur du best of : en regardant le Bigdil j'ai quand même réussi a m'auto-exploser le nez avec mon genou parce que je me foutais de la gueule de la dame qui avait perdu la voiture au profit d'un paquet de bonbons. Ca m'apprendra à me foutre de la gueule des gens. Enfin bref, donc, le rugby. Pas d'équipe féminine dans ma catégorie. Résultat : un an de cueillage de paquerettes, de biscottes, de pelotage et de bataille de vers de terre. La puérilité sans limite du garçon prépubère me plonge encore aujourd'hui dans une profonde réflexion.
4ème et 3ème, c'était le temps de l'UNSS
natation, quand le prof de sport Monsieur L m'appelait son petit soleil. J'ai fait la sirène des bassins pendant deux ans jusqu'à ce que le bonnet de bain devienne obligatoire.
J'ai eu ma période
footing avec Papa, période pas totalement révolue aujourd'hui. Je déteste ça, parce que je m'emmerde, parce que je me fais systématiquement doubler, parce que je sens que mon popotin ballotte, parce que je me débrouille toujours pour croiser quelqu'un de connu quand je suis au mieux de ma forme (frange retournée, gilet fluorescent -sauf qu'à l'époque Karl Lagarfeld l'avait pas encore mis au goût du jour- peau moite et cramoisie) et maintes autres raisons. Mais bizarrement quand je suis énervée j'ai quand même envie d'aller courir. Peut-être parce qu'à chaque pas il y a une petite voix qui susurre "1 calorie, 2 calories, 3 calories..." ah les diktats de la minceur. Peut-être aussi parce que quand je rentre de footing j'ai l'impression qu'une bande de hippies défoncés à l'euphorie font une partouse dans ma tête. Peut-être.
J'ai fait de l'
escalade aussi. L'escalade c'était rigolo parce que Toms ou Mymy venaient me chercher dans leurs petites voitures et c'était bourré de mecs mignons, habiles et qui faisaient les chamois juste au-dessus de moi. J'ai eu un bon enthousiasme pendant longtemps, jusqu'au jour où je suis montée tout en haut d'un parcours en diagonale assez difficile avant de me rendre compte que j'avais oublié d'accrocher ma corde depuis au moins 3 mètres. Si j'avais cédé à l'envie démantielle de tomber dans les pommes qui me tenaillait ce jour là, je serai aujourd'hui disponible en kit purée. Ca calme. Après bizarrement j'étais beaucoup moins enthousiaste quand les gars me proposaient de tenter "le parcours rouge qu'est pas trop dur" où sans déconner y'a 5 prises. T'es drôle.
Bon, voilà, je sais ce que vous pensez. Vous êtes en train de vous dire que je suis vraiment fâchée avec le sport.Ben non. Cette année j'ai commencé le
hand, et le hand, même si je débute, c'est énorme. Même si certaines filles avec qui je m'entraîne tirent des boulets, et je me demande encore si le mur est en béton armé pour pas avoir de trous. Même si parfois en voulant rattraper la balle trop tard je me retrouve à taper dans les mains comme une otarie. Même si parfois j'attéris dans les cages à esquiver les tirs de gaillards d'un mètre quatre-vingt dix parce que merde, je tiens quand même à mon bras.
Je suis contente de connaître enfin l'envie de progresser, l'amusement, et le sentiment d'adrénaline quand on sent qu'on a fait quelque chose de bien.
Comme dirait Jean-Louis GUY "Faites du sport". Jean-Louis GUY c'est le prof de Sciences Po qui prête sa Guymob' au Critérium (compétition sportive annuelle inter-IEP, ou plutôt chouille généralisée assortie de slogans traduisant l'affrontement Paris/province) car il faut encourager le sport, sans savoir qu'elle sert à entreposer le maximum d'alcool possible. Faites du sport.